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En débordement /// exposition de Marie-Cécile Marques: vernissage le vendredi 24 avril à 18h30

Marie-Cécile Marques

En débordement

 

Dans les peintures de Marie-Cécile Marques, la raison est émoussée par le sommeil. Englouties d’entrée de jeu dans la torpeur, les formes sont flaccides, gourmandes et chatouillées. Les histoires qui s’y trament arrondissent leurs angles, se glissent à l’intérieur de terrains mouvants. Tout se qui se raconte ici est de l’ordre de l’instable, en équilibre sur un point de bascule qui peut  retourner l'événement comme un gant. Dans ces contes de fée drolatiques et légèrement anxiogènes, le voyage est aux couleurs bonbons. Le mou et le mousseux y nourrissent une imagination aérienne, qui se transmet aux personnages et aux choses comme un bâillement.

Depuis 2014, l’artiste tient ses « Peintures du jour », acryliques sur papier effectuées dans la rapidité du geste et sans composition préalable. À l’inverse, les « Réalités imaginaires » sont des paysages historiés, construits sur un temps plus long et avec contrôle des divers effets de matière. L’artiste sélectionne des objets trouvés de l’enfance (jouets, figurines, peluches), les recouvre de plâtre, puis les retravaille et les peint sur la toile. Avec cet enrobage, il en va d’une énergie de l’iconophagie où les images et les motifs sont nappés, affaissés et digérés : le réel est un aliment et il se surveille comme le lait sur le feu. Le troisième ensemble de peintures est composé de toiles libres où les courbes s’écartent et créent un appel d’air. Dans ces trois approches de la peinture, une palette élargie de gestes créatifs fouille dans le lâcher-prise, le débordement, la coulure ou l’épaisseur pour tenter d’attraper l’inconscient par la manche. Des plasticités visqueuses se dégagent, de celles qui vous collent à la peau. Il s’agit de faire remonter à la surface ce qui bouillonnait à l’intérieur, d’apposer le dernier recouvrement qui fera déborder le volcan.

L’exposition « En débordement » s’amorce par des arbres-champignons en bois peint exposés dans la vitrine et là pour rappeler que toute cette joyeuse compagnie est de l’ordre de l’illusion, de la maquette fabriquée du théâtre. En témoignent, dans les peintures, différents indices : pixels reproduits, formes plates qui se révèlent être de carton-pâte. Par exemple, un camion devient un château fort un peu grotesque sur le point de fondre comme du sucre. Quant aux sculptures, il s’agit plutôt d’amas gourmands qui s’effondrent sur eux-mêmes. On entre dans le tableau et dans ces mondes comme si on ouvrait une porte sur l’arrière-scène. À travers cette production prolifique, les références à la culture populaire mais aussi à l’histoire de l’art sont nombreuses : la banane scotchée de Maurizio Cattelan s’immisce dans un décor de palais des glaces, les tournesols de Van Gogh, Sophie la girafe ou Le Petit Chaperon rouge prennent la poudre d’escampette vers des aventures débridées. Autant de petits génies qui refusent de retourner dans leur lampe. Le babillage de l’enfance ou l’ineptie de la parole superficielle est contenu dans le titre d’une toile, sobrement intitulée « Bla-bla bla ». L’inarticulation, l’insensé produit l’hébétude : les formes s’abandonnent, comme tournées et essorées par une machine à laver.

Elora Weill-Engerer

 

 

 

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