Rencontre avec les artistes: le temps d'un jour, d'un week-end, d'une semaine...


dernier "RDV au GAC"

 

 

La limite entre terre, air et mer est aussi mouvante que les chocs entre ces éléments, séparés depuis la Création du monde, mais toujours dans un battement.

Le relevé cartographique des côtes scelle avec plus ou moins de précision selon les échelles utilisées, une ligne utopique.

Dans la réalité, quand le choc se passe entre sable et océan, cette ligne ondulante dessinant un partage, la dernière trace d’une séparation, s’esquive et se déplace, selon les coefficients des marées et la furie océanique.

À marée basse, la laisse de mer visualise dans son dessin de dépôts divers, la dernière limite que l’océan atteint à chaque fois.

Contrairement aux limites géographiques théoriques, celle-ci enregistre un temps infiniment précis en faisant trace du mouvement de l’eau à l’assaut des terres.

 

 Mais que laisse la mer ?

 

Une multiplicité de choses qui lui appartiennent, coquillages, os de poisson, galets et concrétions diverses puis des bouts de bateau, de planches à voile et enfin aujourd’hui du plastoc… du plastoc !!! bien toc !

 

Dans cette laisse de mer, tout est possible surtout en automne et hiver sur les grandes plages : wagon de chemin de fer, mine allemande de 39/45, tong garnie de crustacées s’agitant au bout de pieds gélatineux et gluants, pelle, râteau, mollusque, bois flotté… Tout incite à la curiosité et au dessin.

La dernière ligne de démarcation entre les éléments est une partition fantaisiste et incongrue, jamais semblable, mais indicielle de ce que l’océan ingurgite et nous rejette.

Certes, on rêve, quand on arpente l’Estacade, d’y trouver un jour un coelacanthe, venu des profondeurs du Gouf de Capbreton, s’époumonant de fatigue d’être encore de ce monde.

 

On peut imaginer tous les possibles : des choses usées, méconnaissables, des monstres du temps de Neptune, des êtres hybrides en pleine évolution, avec une poussée de pattes latérales, pour mieux se traîner sur le sable, comme il en fut.

Cette ligne changeante et éternelle nous emporte dans toutes ses divagations et méandres qui constituent celles de notre propre imagination.

 

C’est ce qui peuple ces ouvrages combinables, ces dessins de Cahiers de mer et autres réalisations parallèles, carnets de notes, dessins en relief sous verre… et autres élucubrations.

 

Jacquie Barral, été 2019.